Difficile de tout faire. Bien sûr, les consommateurs attendent que vous pétrissiez votre pain, que vous façonniez vos croissants et fabriquiez de A à Z vos pâtisseries. Mais s'il vous arrivait d'être à court d'une boisson fraîche ou de petites confiseries, apprécieraient-ils ? Pouvez-vous vous passer de ces références ou en proposer d'autres, quitte à verser dans l'épicerie ? Cela mérite réflexion !

Idée n°1 : S'adapter à sa clientèle Êtes-vous implanté près d'une école ? Dans un quartier populaire ? En plein arrondissement chic ? Cela influencera votre orientation en matière de produits de revente. - Avec une clientèle d'enfants, vous pouvez difficilement vous passer d'un corner confiserie. Reste à décider de la qualité et de la provenance de ces bonbons. - Des prospects au pouvoir d'achat restreint pourraient vous pousser à miser sur des produits à bas prix. Mais attention, cela peut n'être qu'un raisonnement à court terme. - Un environnement « bobo » laisse-t-il libre cours à toutes les excentricités ? Oui, la liberté est plus grande (autant en termes de choix que de prix), mais elle demande plus de connaissance et de précision dans les provenances. - Enfin, en zone rurale, quand vous êtes le seul commerce de proximité, la tentation est forte d'ouvrir vos présentoirs aux produits de première nécessité. Les bonnes questions : quelle image souhaitez-vous donner ? Le service est-il nécessaire ?

Selon votre zone de chalandise,disposer d'un corner "Epicerie" peut être judicieux pour rendre service à vos clients.

Idée n°2 : Gare au mélange des genres La grande distribution et l'industrie agroalimentaire ont vu leur réputation écornée par les scandales alimentaires. Jusqu'ici, vous avez peu ou prou échappé à la défiance grimpante et vous restez le commerce préféré des Français. Mesurez votre chance. - Quand vous avez près de la caisse des présentoirs pleins de bonbons chimiques, les clients peuvent imaginer que vous n'avez rien contre. Est-ce bien ce qu'ils attendent d'un commerce artisanal ? - De manière générale, si vous vendez les mêmes produits que le supermarché voisin, quelle est votre valeur ajoutée ? - Peut-on trouver du savon dans une boulangerie ? La réponse, négative évidemment, doit être nuancée : dans un village, cela peut rendre service. Et si votre positionnement est tourné vers l'artisanat, c'est un parti pris possible, comme chez Ceci n'est pas une Boulangerie, à Croix (59), dont nous avons dressé le portrait dans le numéro d'octobre.

Idée n°3 : Revendre ses matières premières Un principe de base fonctionne bien : ne vendez que ce que vous êtes prêt à consommer vous-même.- Si vous n'êtes pas spécialiste du chocolat, vous pouvez sans honte reconditionner des bonbons qualitatifs, de fournisseurs reconnus, pour proposer des produits d'impulsion. - Vous utilisez une excellente crème de marron ou des fruits confits extraordinaires ? C'est oui aussi ! Dans cette dynamique, la transparence est indispensable, car votre crédibilité est en jeu. Dites d'où viennent les produits, présentez leur origine comme un argument commercial. Ainsi, vous vous positionnez en expert du goût et c'est ce qu'attendent les clients.

Proposer une sélection de boissons artisanales, c'est aussi se différencier(comme chez Tartine, à Paris).

Idée n°4 : Sourcer d'autres artisans De revendeur, vous pouvez devenir ambassadeur. Un rôle qui ne manque pas d'intérêt ! - Si vous connaissez un apiculteur dont vous aimez le miel, un champion de confitures, un Meilleur Ouvrier de France Confiseur…, vendre leurs produits peut être une nouvelle occasion de partager quelque chose avec vos clients.- Si vous avez déniché des pickles, tartares, tartinables, etc. artisanaux, cela peut également être un complément. C'est d'autant plus légitime que ces produits s'assortissent parfaitement aux vôtres. - Cette quête de qualité et d'authenticité peut aller jusqu'aux boissons : il y a de plus en plus de petits producteurs dont les produits valent la peine d'être diffusés. Et s'ils sont implantés dans la même région que vous, vous pourrez jouer la carte de la communication commune. - Enfin, comme les Dumoulin à Jacob- Bellecombette (73), vous pouvez – à condition d'avoir de la place – devenir un point de retrait pour les paniers d'une association qui milite en faveur de la consommation locavore. Tout ce qui vous rapproche de vos clients est bon à prendre, d'autant plus que cela favorise de nouveaux flux en magasin. Une aventure à tenter !

par Cécile Rudloff (publié le 23 novembre 2018)