L'e-commerce, ou commerce sur internet, a le vent en poupe. 69 % des Français achètent en ligne*. Vos produits peuvent-ils bénéficier de cette manne ? Nous avons posé la question à ceux qui ont tenté l'expérience.

Cas 1 : Pains et viennoiseries • En mars dernier, dans le Tarn, naissait www.monboulanger. fr. « Je proposais aux artisans (une dizaine) une vitrine virtuelle afin que les clients voient leurs produits et puissent les réserver, explique Benoît Brunet, créateur du portail. Nous avons enregistré plusieurs milliers de visites en tout. » Malheureusement, faute de rentabilité (par la publicité), le site a fermé mi-novembre. • À Marmande (Lot-et- Garonne), quelques pains bio du fournil d'Escanteloup sont proposés sur www. paysans.fr. « Nous livrons une trentaine de pièces par semaine, détaille Marie- Christine Lemaire. Cela entraîne un travail d'emballage supplémentaire, le prix final est élevé en raison des frais de livraison et le pain arrive dans un état que nous ne maîtrisons pas… Nous continuons parce que la démarche est humaine et que le site nous offre de la visibilité. »

Cas : 2 Pâtisseries • Pierre Hermé pratique la vente en ligne depuis trois ans. Le mont-blanc, l'Ispahan et le millefeuille Mogador sont proposés au retrait et à la livraison par coursier en Île-de-France. Les macarons, sablés et confitures sont expédiés par transporteur. D'après le service de presse, « avoir une boutique en ligne, c'est une question de visibilité. » • Depuis juillet, www.citycake. fr livre les créations d'une quinzaine de maisons parisiennes en 4 heures dans la capitale. « Google enregistre plus d'un million de requêtes mensuelles sur les termes de pâtisseries associés à vente en ligne et livraison, raconte Benjamin Chemla, créateur du site. Nos clients trouvent une solution pour faire un cadeau ou organiser une réception en entreprise. » Fin novembre, le site enregistrait une dizaine de commandes quotidiennes.

Cas 3 : Chocolats• À Feurs (Loire), Corinne Second a investi dans un site marchand (www.patisseriesecond. fr) l'année dernière. « Je voulais augmenter les ventes sans trop investir (3 000 euros). Pour l'instant, les effets se font surtout sentir sur notre image : les clients visitent nos pages… et viennent au magasin pour commander. Il est difficile de se faire connaître, mais je vais suivre une formation pour améliorer ma communication. »• Il y a trois ans, Victoire Finaz a créé Abanico, une marque de chocolats vendus exclusivement sur le web. « Il faut travailler sur l'échange de liens, les bannières, le référencement Google, les promotions, etc., analyse-t-elle. Les internautes veulent naviguer facilement et sentir qu'il y a des personnes compétentes derrière le site, car l'achat de produits alimentaires sur le web n'est pas encore entré dans les moeurs. »

Au final… Les témoignages des professionnels s'avèrent très réservés dans l'ensemble. Les internautes sont curieux et intéressés par les produits gourmands, mais rechignent encore à acheter en ligne. L'aventure vous tente ? Ne vous attendez pas à obtenir des résultats immédiats et mirobolants. N'hésitez pas à jouer la carte de l'artisanat tout en confiant la partie technique à un professionnel compétent. Sur internet comme en boutique, le consommateur a besoin d'être cajolé, accompagné et mis en confiance… à distance !

3 questions à Ludovic Passamonti, consultant e-commerce.

LT : Quelles qualités doit réunir un produit pour être vendu en ligne ? LP : Le produit doit être di fficile à trouver dans les commerces traditionnels. Il doit être léger, solide et non-périssable pour supporter l'envoi.

LT : Si un boulanger-pâtissier souhaite se lancer, quelles questions doit-il se poser ?LP : La première interrogation concerne la rentabilité. Ensuite, il faut se demander quelle valeur ajoutée va apporter le site. Puis se soucier de la stratégie, de la solution informatique et du prestataire.

LT : Un prestataire est-il obligatoire ? Comment le choisir ? Quel est le prix de la création d'un site marchand ?LP : En se débrouillant, la création du site peut coûter moins de 100 euros par mois, mais cela nécessite de s'y connaître et d'y passer du temps. Avec l'aide d'un professionnel, comptez 15 000 à 20 000 euros. Il faut veiller à ne pas tout investir dans la création du site afin de financer aussi le référencement et la communication. Quant au choix, le meilleur moyen de s'assurer de la qualité d'un prestataire consiste à en appeler les clients.

* Crédoc, octobre 2012.

par Cécile Rudloff (publié le 4 janvier 2013)